Historique

La Casinca, un héritage culturel fort

Aujourd’hui, l’appellation « Casinca » détermine des réalités très diverses. Ce terme s’applique à des circonscriptions administratives puisque l’on parle du canton de Casinca et que la communauté de communes a conservé ce vocable. C’est aussi une circonscription ecclésiastique depuis au moins le IXe siècle et peut-être plus tôt encore. En effet, la Casinca désigne également l’une des pievi du diocèse de Mariana, la pieve étant un échelon intermédiaire entre le diocèse et la paroisse.

Mais la Casinca n’est pas qu’un simple découpage administratif ou religieux, c’est aussi et surtout un ensemble géographique cohérent possédant des limites naturelles bien marquées. Cette micro-région du nord-est de la Corse est un territoire délimité au nord par la partie terminale du plus long fleuve de l’île : le Golu. A l’ouest l’horizon est barré par la chaîne montagneuse d’I Sant’Anghjuli qui culmine à 1218 m. Au sud, la limite est donnée par le Fium’ Altu, autre cours d’eau important, alors qu’à l’est la Casinca est bordée par la mer Tyrrhénienne.

Le ruisseau de Nuvale, qui prend sa source à 730 m. d’altitude, au pied d’I Sant’Anghjuli, partage l’espace ainsi défini en deux depuis sa partie montagneuse jusqu’à la plaine. Dans la partie nord se trouvent les communes actuelles de Viscuvatu, Loretu et Venzulasca ; dans la partie sud celles de Sorbu-Ocagnani, Castellà, Penta et Porri.

Loretu et Porri n’ont pas, ou n’ont plus, ni de plaine ni de débouché maritime. Les autres territoires communaux s’organisent en bandes parallèles s’étirant d’est en ouest selon un découpage littoral-plaine-montagne.

L'évolution des modes de vie

C’est du côté de la montagne que s’est majoritairement concentré dès le Moyen Age l’habitat perché qui marque si fortement le paysage de la Casinca. L’aspect actuel de la plaine et du littoral est relativement récent. Les petites agglomérations de Querciolu, Arena et surtout I Fulelli – qui s’étirent le long de la RN 198 – étaient à l’origine de simples hameaux apparus tardivement. Ils sont devenus au cours du dernier tiers du XXe siècle les moteurs du développement économique et démographique micro-régional.

La plaine, longtemps infestée par le paludisme et soumise aux incursions diverses, fut délaissée pendant des siècles. Elle était uniquement réservée aux activités agricoles et pastorales. Les géographes français et les géomètres du Plan Terrier évoquaient, à la fin du XVIIIe siècle, la présence d’une vaste étendue marécageuse reliant l’embouchure du Golu à celle du Fium’Altu.

L’installation massive et permanente des populations en plaine de Casinca, et plus globalement dans l’ensemble de la plaine orientale, n’a été possible que grâce au traitement chimique de la frange littorale qui est venu compléter une série de grands travaux d’assainissement entrepris depuis le début du XIXe siècle. Cette opération finale a permis après-guerre de reconquérir de manière permanente cet espace, devenu marécageux et insalubre au cours des siècles, et d’en refaire un territoire fertile et accueillant.

Une préhistoire qui demeure à découvrir...

Même si les marécages et la malaria ont sans doute toujours fait partie du décor naturel des plaines littorales méditerranéennes – avec des variations plus ou moins fortes selon les époques – c’est bien cette zone qui livre, pour l’instant, les plus anciennes traces de la présence humaine en Casinca.

La prospection systématique réalisée par Laurent Casanova pour le compte du Service Régional de l’Archéologie a montré la présence de véritables occupations de la plaine du Néolithique jusqu’au Chalcolithique. D’autres sites repérés sur des reliefs plus marqués ont révélé des installations attribuables à l’Age du Bronze.

Il faut savoir également que certains auteurs comme Pierre Lamotte – qui a recherché la présence de racines prélatines dans la toponymie insulaire – font remonter à cette période d’occupation des hauteurs de la Casinca par des populations pré- et protohistoriques l’origine du nom donné à la micro-région.

Pour Pierre Lamotte, le macrotoponyme « Casinca » contient la racine prélatine « as », ou sa variante « kas », qui désigne un point culminant d’où la vue est étendue.

L’occupation préhistorique de la Casinca reste donc à découvrir et à étudier mais les premières recherches démontrent d’ores et déjà que la micro-région possède un fort potentiel archéologique dans ce domaine.

Texte : Stéphane ORSINI – FAGEC